Jeudi, les responsables d'une petite ONG française ont été arrêtés alors qu'ils tentaient de faire quitter le Tchad à 103 enfants, de 1 à 8 ans, prétendus orphelins et blessés, ce qu'ont démenti les premières constatations.
La grande majorité
des enfants sont tchadiens et non soudanais comme on aurait pu l'imaginer et il semblerait d'après les premiers entretiens qu'ils ne soient
pas non plus orphelins !
Arrêtés par la police tchadienne au moment de leur tentative, les responsables de l'association ont évoqué une "évacuation sanitaire". Il semblerait, malheureusement que les enfants aient été préalablement maquillés à l'aide de faux pansements. Cela, si c'est exact, jette quand même une ombre sur les réelles motivations de ces personnes.
La présomption d'innocence fait que je ne citerai pas le nom de cette association, ni des personnes arrêtées par les autorités tchadiennes (et que la presse diffuse abondamment) tant qu'il restera une toute petite chance que leur innocence soit prouvée. Mais je suis personnellement scandalisé par leur comportement, qui fait du tort l'image de toutes les associations humanitaires, et à celle de notre pays. Même s'il se peut qu'il n'y ait pas eu d'intention de nuire, une telle maladresse est impardonnable.
L'association en question a vu le jour au lendemain du Tsunami de décembre 2004, de façon très spécifique.
La lecture de son site internet laisse entendre une action assez conséquente sur le terrain au secours des réfugiés, principalement par la construction de camps d'hébergement provisoire et le soutien logistique. En 2005, un enfant indonésien blessé avait été pris en charge par l'association en vue de soins chirurgicaux dans un hôpital français. Depuis 2006, l'association se disait engagée dans une action de reconstruction, notamment au travers de son action éducative, en collaboration avec d'autres ONG. Ce qui surprend dans cette partie du site, c'est l'absence totale de références aux pays concernés par cette catastrophe, à leur gouvernement, aux structures locales, bref, tout ce qui peut laisser entendre
qu'avant d'être les victimes d'une catastrophe, les gens sont les habitant d'un pays, qui a
ses lois, ses règles, certainement
ses coutumes, et que tout cela ne peut pas être bousculé, même au prétexte de venir à leur secours. La première condition de l'aide humanitaire est
le respect de l'identité des victimes et
de la culture des pays dans lesquels on intervient. Cette association semble ne jamais s'en être vraiment souciée.
Jusqu'à ce qu'en avril 2006, justement indignée par la précarité de la situation des soudanais du Darfour réfugiés au Tchad, l'association se trouve une nouvelle cause à défendre.
En effet, une guerre a succédé il y a 4 ans à la première guerre civile qui avait déchiré le Soudan pendant 20 ans.. Elle se déroule dans toute la région à l'est du Soudan, le Darfour, entre des milices arabes, les Janjawids, financées et armée par le gouvernement islamiste soudanais avec l'appui diplomatique et militaire de
la Chine et dans une moindre mesure de la Russie, et des groupes rebelles animistes ou chrétiens (SLA, SPLM) armés et soutenus par
les États-unis pour déstabiliser un région où sont en jeu de gros intérêts pétroliers actuellement accordés à la Chine.
Du déjà vu, me direz-vous !
Alors que l'opinion mondiale est alertée et sensibilisée, la Chine et les États-unis s'affrontent sur le terrain diplomatique et bloquent la situation. Les seconds feignent une parfaite innocence et une grande indignation, comme d'habitude. On notera simplement qu'un des principaux chefs rebelles, Minni Minnawi, chef du SPLM, a été reçu par le président américain Bush en Juillet 2006 ! (photo ci-contre)
Comme dans toutes les guerres de ce type où la population est partagée entre les deux opposants (sur le plan ethnique, religieux, et culturel), les massacres sont monnaie courante. Ainsi, une grande partie de la population civile s'est déplacée vers le centre du Soudan, mais également vers les pays voisins comme le Tchad où ils vivent dans des conditions très précaires dans des camps surpeuplés, où ils sont de toute façon poursuivis et harcelés par les Janjawids. Ajoutez cela au fait que nous sommes au cœur
du Sahel, région cruellement désertifiée, et toutes les conditions d'une catastrophe humanitaire sont réunies.
C'est dans ce contexte difficile que l'association a choisi d'intervenir. L'opération est présentée depuis avril 2006 sur leur site internet et dès le premier contact il y a quelque chose de bizarre. Déjà, dès le titre, l'intention est surprenante.
L'évacuation des réfugiés n'est jamais la solution naturelle adoptée par les ONG sur une zone de conflit. Dans tous les cas de figure, elles tentent de
maintenir les personnes sur leurs lieux de vie, les aidant à conserver
leurs structures sociales et administratives, et leur apportant sur place l'aide dont ils ont besoin. Conserver l'organisation naturelle des populations affectées par le conflit et éviter les déplacements massifs est prioritaire. Cela, bien entendu afin d'éviter la constitution des immenses camps de réfugiés que l'on connaît, impossibles à gérer correctement, où vont se développer toutes sortes d'épidémies. Le choix d'une évacuation vers la France est donc déjà très suspecte.
Le fait qu'il s'agisse d'orphelins trahit également une intention : le déplacement de ces enfants n'est pas destiné à être provisoire. Et la raison est facile à comprendre. Même si l'intention initiale n'est pas l'adoption (qui de toutes façon n'est pas reconnue par le Soudan), trouver des familles d'accueil prêtes à héberger un enfant pendant 5 ans exige certainement
quelques petites promesses. Ainsi, voici ce que l'on trouve sur le petit opuscule destiné au familles d'accueil disponible sur leur site internet :
Il est donc peu probable qu'un refus du droit d'asile aux enfants orphelins réfugiés du Darfour soit prononcé, compte tenu du droit international empêchant leur expulsion vers leur pays d'origine. (...)°Si l'enfant est sous la tutelle de l'ASE pendant 3 ans, dans le temps de sa minorité, il pourra, à la fin de ces 3 ans, prétendre à l'accès à la nationalité française au titre de l'article 21-12 du code civil.A l'issue de la régularisation de la situation de l'enfant, c'est-à-dire lorsque l'enfant est sous la tutelle légale d'une famille, qu'il a obtenu le droit d'asile permanent, qu'il est régulièrement suivi par l'ASE, et éventuellement, qu'il a acquis la nationalité française, les familles qui le souhaitent pourront alors engager des démarches d'adoption de l'enfant, en application de l'article 22 de la Convention des Nations Unies de 1959 relative aux droits de l'enfant.Le thème de l'adoption est clairement évoqué et la piste qui y conduit est toute tracée à coups d'articles et de Conventions qui n'ont, malheureusement pour eux, qu'une valeur très symbolique à certains endroits dans le monde.! On apprend d'ailleurs que la plupart des ONG contactées par cette association et connaissant leur projet,
l'avaient mise en garde et tenté de la dissuader d'accomplir ce projet dès juin 2006. Contrairement à ses allégations, aucun appui ne lui avait jamais été apporté que ce soit au niveau associatif, politique ou diplomatique. D'ailleurs, ils ont même commis la maladresse de s'en vanter dans le même:
Avez-vous le soutien des autorités françaises (ou européennes) dans l'organisation de l'opération d'évacuation ?Non, comme expliqué dans le communiqué de (nom de l'associaition) la France comme l'ensemble de la communauté internationale, est " paralysée " par la complexité et l'inefficacité du système diplomatique Onusien, mais personne n'est disposé à l'admettre officiellement.Notre opération d'évacuation repose sur les bases du droit international qui s'applique à la France, à l'Union Européenne, aux USA et au Canada. Nous n'avons donc pas besoin de l'accord du pays d'accueil pour organiser l'évacuation des enfants. Nous avons encore moins besoin de l'accord du pays d'origine puisque c'est lui qui justement, aujourd'hui, attente à la vie de ces enfants.Cette opération a réellement et pleinement un caractère d'urgence vitale.
Une telle accumulation de contre-vérités sur le droit international est accablante, particulièrement les trois phrases que j'ai soulignées et qui constituent pratiquement un aveu. ! Jusqu'aux familles d'accueil déçus qui s'expriment avec maladresse : "
Au total, 258 familles étaient candidates, mais (nom de l 'association) n'a pu réunir que 103 enfants. Seules quelques dizaines de familles ont donc été sélectionnées. "
... n'a pu réunir... ! ! ! ! !
On a du mal à en croire ses oreilles ! On croirait entendre le responsable d'une rafle qui n'a pas rempli ses quotas. Comment est-il possible que dans le contexte tel qu'il est décrit, il ne soit pas possible de "
réunir " plus de 103 orphelins ? Ne serait-ce pas parce que finalement il n'y a pas tant d'orphelins que ça, les familles étant soit exterminées soit réfugiées, mais pas forcément séparées... L'association n'a-t-elle pas alors été tentée de fabriquer des orphelins pour compenser sa mauvaise pioche et pas décevoir ses clients?
Je suis indigné par l'incompétence de ces personnes, en espérant que n'est pas simplement de la malhonnêteté. Mais que ce soit par incompétence ou par calcul, ils ont quand même considéré la possibilité
de déporter contre leur gré des centaines d'enfants,
de leur imposer une nationalité et une famille qui n'étaient pas les leurs et ça...ce n'est pas acceptable.
Ignorer le drame humanitaire qui se joue là-bas n'est pas plus acceptable, mais dans l'état actuel des choses, la manipulation à laquelle se livrent les Etats-Unis dans cette région ne permet aucune solution à court terme. A moins que l'Europe se décide enfin à sortir de sa réserve et décide de peser le poids pour lequel elle a été créée!
Et ça serait bien que l'Europe se dépêche, parce que pour les enfants soudanais et tchadiens, il y a urgence!
Retours...