Comme d'habitude, dans notre pays, lorsqu'une loi est promulguée, la dernière chose qui nous vient à l'esprit, c'est de l'appliquer! Bon, j'exagère un petit peu. Mais tellement peu! Prenons un exemple :
le lundi de pentecôte.
Pentecôte (du grec πεντηκοστή (ἡμέρα)
pentêkostê (hêmera) « cinquantième jour », de πεντήκοντα
pentêkonta, « cinquante », est une fête chrétienne qui commémore la descente du Saint-Esprit sur les disciples.
(Source Wikipédia)
Tout commence à l'été 2003 avec une canicule qui entraînera la mort d'environ 15 000 personnes en 2 semaines. Le gouvernement de l'époque (Raffarin) prend la décision de faire du lundi de Pentecôte une journée de travail non payée appelée
Journée de solidarité envers les personnes âgées. L'employeur s'acquitte auprès de l'Etat de l'équivalent d'une journée de travail (0,30 % du salaire brut au titre des charges patronales), et les salariés participent à l'effort en effectuant de fait cette journée de travail sans rémunération supplémentaire. Cela rapporte à l'Etat
2 milliards d'euros par an. Cependant, ces résultats chiffrés ou estimés prêtent à discussion, ce qui n'est pas le cas de leur emploi dont on ne parle absolument pas.
En effet, une partie des revenus de cette journée était destinée à financer les actions en faveur des personnes âgées, notamment la prévention des risques liés à une nouvelle canicule. Etant donné que cela n'a pas été le cas, on ignore complètement quel a été l'emploi de ces fonds, et personne n'a jugé véritablement utile de nous en informer. (On se rappelle de la vignette automobile, qui a l'origine était destinée au même usage, très précisément. Avant sa suppression, elle ne servait plus depuis bien longtemps à améliorer la vie des personnes agées.)
Le lundi de Pentecôte est suggéré de façon symbolique, mais la journée supplémentaire peut être répartie dans l'année ou être faite un autre jour. D'ailleurs, il règne dans notre pays la plus grande confusion sur le sens des jours fériés.
En France, les jours fériés sont légalement définis par le code du travail, article L222-1 et
au nombre de 11. Le
1er janvier (Jour de l'an), a date variable
le lundi de Pâques (le 9 avril pour 2007 et le 24 mars pour 2008), le
1er mai (Fête du Travail), le
8 mai (Victoire 1945), à date variable , le
jeudi de l'Ascension (le 17 mai pour 2007 et le 1er mai pour 2008), à date variable , le
lundi de Pentecôte (le 28 mai pour 2007 et le 12 mai pour 2008), le
14 juillet (Fête nationale française), le
15 août (Assomption), le
1er novembre (La Toussaint), le
11 novembre (Armistice 1918), et le
25 décembre (Noël).
Comme on le voit, le lundi de Pentecôte est toujours férié. La seule différence est qu'il ne devrait plus être chômé. Mais ce n'était déjà pas le cas auparavant !
La Fête du Travail est en réalité le seul jour férié obligatoirement chômé (article L222-5 du Code du Travail)
et payé (article L222-6 du Code du Travail). Les autres jours fériés ne sont pas obligatoirement chômés, sauf dispositions contraires des conventions collectives applicables dans les entreprises. Ainsi, en tout état de cause, à l'exception du premier mai, tous les fériés pourraient théoriquement être travaillés!
Théoriquement, l'esprit de cette loi n'est pas discutable. Un effort de solidarité est décidé, la charge en pèse sur l'ensemble des salariés (en principe) auxquels un effort est demandé et comme d'habitude, la collecte est effectuée par les entreprises qui sont supposées y trouver un avantage. Sauf qu'en pratique les choses sont bien différentes.
Le prélèvement de 0,3% ne concerne pas la fonction publique, d'Etat ou Territoriale. Dans ces conditions, on imagine bien que la force publique ne va pas prendre le risque de courroucer les 5,7 millions d'agents de la fonction publique (toutes administrations confondues) en leur demandant de renoncer à une journée de "repos", fût-ce au profit d'une juste cause.
Qu'en est-il alors en réalité? A l'instar de la question des retraites, cette mesure divise encore le pays en deux, et une fois de plus établit plus ou moins une différence entre le public et le privé. L'entreprise privée est grevée d'un prélèvement nouveau (encore un!) en échange du droit d'exiger de ses salariés une journée de travail supplémentaire. Ce serait à première vue équitable.
Cependant,
la loi n'imposant à personne de travailler ce jour là, elle finit par empêcher pratiquement tout le monde de le faire. Nous sommes tous dépendants les uns des autres. Comment peut-on imaginer que les compagnie de transport travaillent alors que leurs camions n'ont pas le droit de circuler ? que les salariés se rendent à leur travail sans transports en communs ? pendant que leurs enfants ne sont accueillis ni à l'école, ni dans les structures de la petite enfance ? que le courrier n'est pas distribué ? que les administrations sont fermées ?...
Cette journée est un échec, et une fois de plus,
la charge financière pèse sur les seules entreprises, sans réelle contrepartie. La question n'est pas ailleurs !
Ce qu'il aurait fallu faire, c'est supprimer effectivement ce jour férié. Dans ces conditions, il aurait été travaillé normalement par tout le monde au même titre qu'un autre lundi. Mais cela aurait mécontenté les autorité religieuses, qui supportent très bien qu'un pays laïc consacre 7 de ses 11 jours fériés, donc commémoratifs, à des fêtes religieuses Chrétiennes.
Le statu-quo existant fait l'affaire des pouvoirs publics:
une nouvelle taxe a été imposée aux entreprises, sans imposer de réelle contrainte au salariés (au citoyens devrais-je écrire),
sans mécontenter l'opinion. D'ici quelques années on n'en parlera plus, le lundi de Pentecôte sera à nouveau chômé comme il l'a toujours été et les 2 milliards d'euros momentanément affectés à la protection des personnes âgées retourneront au pot commun.
Ainsi va la vie.
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