4 en 2 semaines.
Certes, les mois de juillet et d'août ont toujours été propices à ce genre d'événements.
Non pas qu'il y ait une raison pour qu'il y en ait plus en été. Encore que!
Il y a plus d'un siècle, c'est déjà en août qu'Otto Lilienthal meurt après s'être écrasé avec son planeur, le 10 août 1896, au bout de son 2500e vol. De plus, sur les 28 accidents les plus meurtirers de ces 80 dernières années, 12 ont eu lieu en juillet ou en août. Mais un exament attentif de la liste des catastrophes aériennes permet de constater que tous les mois de l'année sont également propices.
Pourquoi alors cette impression persistante que l'été est la saison des catastrophes?
Surtout parce que les média n'ont pas grand chose à raconter. Une fois accomplie la noble mission de nous informer sur les conditions de circulation (dont on s'étonnera au passage qu'elles n'aient que très peu de rapport avec la réalité du terrain), la météo (même remarque en général), la sécheresse (récurente), les diverses augmentations (c'est le moment ou jamais), il reste une bonne demi-heure de JT à meubler.
Quand on a un peu de chance, un sérial killer se livre à ses coupables exploits, un tremblement de terre rase... rien du tout, parce que c'est au japon, et qu'ils en ont sacrément l'habitude, une navette spatiale périmée atterrit au retour d'une mission complètement quelconque dans une débauche de pathos enflammé, des athlètes gonflés aux stéroïdes parcourent l'écran à pied ou en vélo et ramènent quelques modestes trophées.
Sinon, rien.

Quoi de mieux qu'un bon accident d'avion pour étoffer un JT anémié par les vacances de nos bons politiques. Quelques spéculations béotiennes, l'interview d'un commandant de bord retraité qu'il faudra interrompre sauvagement après dix minutes de balourdises, une bonne dose d'images d'archives et le tour est joué. Voilà une édition bouclée à peu de frais.
Certes, la disparition soudaine d'une centaine ou plus de touristes innocents mérite d'être relatée avec l'émotion qui convient à ce genre de funestes circonstances, mais au dela de ça? Qu'est ce qui motive ce besoin de nous rabacher chaque fois les mêmes poncifs, sur les boîtes noires qui sont oranges (si, si, ils ont encore osé!), l'avion qui est, malgré ce qui vient de se produire, le moyen de transport le plus sur du monde, chiffres à l'appui. Pourquoi ose-t-on encore nous infliger les incessantes supputations journalistiques: attentat ou accident, défaillance ou erreur de pilotage? Moins on en sait plus ont en dit. Lorsque toutes les hypothèses sont ouvertes, autant les développer toutes: ça meuble.
Un idée me vient à l'esprit. Ne s'agirait-il pas une fois de plus d'entretenir cette bonne vieille peur qui nous fait tenir tranquilles? Profitez de vos vacances, mais n'oubliez jamais qu'une épée de Damoclès est pendue au dessus de vos têtes. Surement un peu de ça.
A final, 35% des français (interrogés, cela va sans dire), ont peur en avion. Bon! Moi, je ne les avais pas attendus. Cela ne doit pas nous empêcher de nous esbaudir sur le fait que l'Airbus A380 pourra bientôt transporter près de 700 passagers à plus de 40 000 pieds d'altitude... et retour. Sans commentaires.
Pourquoi ne pas évoquer plus pertinemment que toutes les dernières catastrophes aériennes concernent majoritairement des petites compagnies, les plus souvent de charter, dont les appareils parfois vétustes ne sont entretenus qu'à la mesure de la faible rentabilité que leur impose une course aux tarifs effrénée.
Pourquoi ne pas nous informer vraiment sur les conséquences de la
dérégulation du trafic aérien, aux Etats -Unis d'abord, puis en Europe.
Il y a vraiment de quoi avoir peur. Les limites de sécurité (ou d'insécurité) on été atteintes, voire dépassées. A l'instar des pétroliers, des minéraliers ou des ferry-boats qui naviguent désormais dans des conditions de précarité plus qu'évidentes, les avions de ligne volent désormais dans des conditions de sécurité très insuffisantes. Car au delà des catastrophes, il y aurait lieu de se pencher un peu sérieusement sur la multitude de petits incidents techniques qui occasionnent quotidiennement retards et annulations... La course aux profits n'est décidément pas compatible avec la sécurité.
Car il n'y a aucune magie dans tout cela. Ou plutôt, la magie s'est estompée. Un avion n'est rien d'autre qu'une machine. Comme toutes les autres machines, elle s'use, elle a des pannes... Et elle en a d'autant plus qu'elle n'est pas entretenue. Que l'on arrête de nous bassiner avec le mythe du "pilote" omnipotent et omniscient. Le pilote n'est rien d'autre qu'un conducteur. Un peu mieux formé, un peu plus autonome, mais un conducteur. Et lorsque la machine défaille, il n'a pas de remède.
Il n'y a pas non plus de "fatalité". Lorsqu'une strcucture comme l'aile d'un avion, son train d'atterrisage ou ses réacteurs subit des heures durant des contraintes élevées, il n'y a pas de fatalité, mais des comportements mécaniques prévisibles, modélisables, chiffrables. C'est ce que dit la science.
Et pour éviter l'irrémédiable, il y a une méthode. Cela s'appelle la maintenance préventive. Peut-être conviendrait-il de ne jamais l'oublier.
Pour en revenir à l'Airbus 380....
...et puis non! De fois que ça lui porterait malheur.
Hasta siempre
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