Pluralitas non est ponenda sine necessitate
Hier, à l'occasion d'une conversation, le principe du razoir d'Occam m'est revenu à l'esprit. Tout scientifique qui se respecte connait le
principe de parcimonie, ou
principe d'économie appelé familièrement
Rasoir d'Occam... En fait, bien que ce principe lui ait été attribué, il lui est certainement bien antérieur et Ockham n'a fait que le reformuler. Mais qui était Occam?
Guillaume d'Ockham (Occam est l'orthographe latine de son nom) était un moine franciscain du XIVème siècle, philosophe et logicien, promis à un bel avenir comme théologien scholastique à l'université d'Oxford. Malheureusement pour lui sa philosophie nominaliste se heurtera à celle des réalistes dans ce que l'on nommera plus tard la querelle des universaux. Farouche partisan de la séparation entre la raison et la foi, initiée par Saint Thomas d'Acquin, il apparait comme un précurseur de la laïcité. Son opposition aux Papes Jean XXII puis Benoît XII qu'il accusera tour à tour d'hérésie, lui vaudra sa dénonciation par John Lutterel, chancelier de l'Université, et finalement son excommunication. Il passera sa vie à compléter son oeuvre philosophique, avec quelques incursions dans le domaine scientifique.
Le nominalisme ou terminalisme est une philosophie intéressante en ce sens qu'elle s'oppose aux universaux de la syllogistique Artistotélicienne et de la conception idéaliste platonicienne. Elle rejette en particulier l'universalité des concepts mentaux en dehors de l'esprit qui les observe, et désigne ainsi les termes généraux comme des inventions humaines sans substance, établies pour la commodité de notre réflexion. Selon les nominalistes, seul le particulier existe. On ne pourra s'empêcher de rapprocher ce principe de la déclaration de Korsibsky
"Quoi que vous puissiez dire d'une chose qu'elle est, elle ne l'est pas!". Ockham ou Berkeley (
"Être, c'est être perçu ou percevoir") seraient-ils des précurseurs du non-aristotéliciannisme? Certainement!
Mais revenons à notre fameux rasoir... Le principe de parcimonie ou d'économie, accepté par la plupart des scientifiques, recommande de ne pas multiplier inutilement les hypothèses lors de la construction d'un modèle logique. Bien entendu, il ne faut pas perdre de vue que son intention initiale était de justifier l'absence d'intention divine dans les premières théories scientifiques développées à la fin du Moyen-âge, mais le principe n'a rien perdu de sa pertinence.
Le principe de parcimonie est souvent traduit à tort par la nécessité de privilégier les hypothèses les plus simples dans la construction de toute théorie, ce qui est bien entendu inexact. Le principe de parcimonie rappelle également l'exigence de parvenir à la conclusion pour laquelle la théorie est construite, et non à une autre conclusion elle même simplificatrice. En fait, à défaut de privilégier les hypothèses les plus simples (car au sens strict, tout faire procéder du contrôle divin permanent relève de la plus grande simplicité!), Ockham recommande de commencer à bâtir une théorie sur un nombre très réduit d'hypothèses, et de n'en ajouter de nouvelles qu'en cas d'absolue nécessité, et à la condition qu'elle ne modifient pas les données fondammentales du problèmes, le fassent disparaitre ou rende inutile les hypothèse précédentes. Par exemple, l'hypothèse des univers multiples produite par Hugh Everett pour justifier la superposition des états quantiques jusqu'au moment de l'observation (paradoxe du chat de Schrödinger) ne fournit aucune explication supplémentaire, mais se contente d'évacuer le problème au prix d'une hypothèse particulièrement inélégante. Le rasoir d'Occam recommande donc de l'écarter.
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