Jeudi 1 novembre 2007
Depuis le début de l'affaire Children Rescue/Arche de Zoé, je m'étonne de la très faible exposition médiatique de notre ministre des Affaires Etrangères, Bernard Kouchner.

Certes, sa secrétaire d'Etat, Rama Yade, est tout a fait dans son rôle et dirige convenablement la cellule de crise (tout en surveillant adroitement ce ministre imprévisible issu de l'ouverture si chère à notre président), et Bernard Kouchner est actuellement en déplacement en Asie.
Mais à défaut d'être l'homme de la situation, Bernard Kouchner est l'expert incontesté dans le domaine.
Plus si incontesté que ça, d'ailleurs! A tel point que  dès le début de cette affaire, des voix se sont faites entendre pour évoquer le rôle éminent de déclencheur qu'il avait pu jouer dans cette affaire en vulgarisant  l'hypothèse d'un génocide délibéré au Darfour.
Peu avant sa prise de fonction au MAE, il soutenait encore les associations activistes sur le Darfour à la Mutualité en déclarant:
"300 000 morts, 2 millions de déplacés… Oui c’est un génocide qui s’accomplit sous nos yeux. Un de plus. Un de trop […] Nos frères du Darfour sont en train de mourir. N’acceptons plus cela. Soyons plus forts que les obstacles!"
On avouera que ces propos ne sont ni très réalistes, ni très objectifs et de nature à encourager des actions jusqu'au-boutistes telles que l'affaire Children Rescue au Tchad...
Quelle que soit l'horreur d'une situation de guerre bien réelle, les chiffres avancés par le futur ministre à l'appui de sa colère étaient déjà vivement contestés par les nombreux intervenants humanitaires actuellement présents au Tchad et au Soudan:  il s'appuyait sur un chiffre de 10000 civils tués par mois alors que l’UNHCR parle depuis 2004 de 500 à 1 000.
De plus, l'affirmation selon laquelle rien n'est fait pour soulager la détresse des réfugiés est faux. Contrairement aux situations qui ont fait la gloire de Kouchner dans les années 91 en Irak ou 94 au Rwanda, l'ingérence humanitaire si chère à son coeur n'est ni appropriée, ni souhaitée par les 13000 membres des diverses ONG qui officient d'ores et déjà au Darfour. Ses corridors humanitaires ont d'ailleurs été massivement rejetés par lesdites ONG qui n'y voient qu'une façon bouleverser les fragiles équilibres installés dans la région en mélangeant l'intervention militaire et l'immersion des ONG dont l'efficacité est fondée sur la reconnaissance et la confiance, certainement pas sur une protection militaire!
Rony Brauman, l'ex-directeur de MSF rejette explicitement la responsabilité des égarements de l'Arche de Zoé sur Bernard Kouchner et Bernard-Henri Lévy, ce dernier ayant d'ailleurs fort opportunément modifié sa position depuis jeudi dernier!
Monsieur Kouchner, seriez-vous devenu le maillon faible de l'action humanitaire?
Ne croyez-vous pas qu'il serait temps de cesser de voir des génocides partout au risque de "fanatiser" les sauveteurs, et de laisser travailler sur le terrain des droits de l'homme et de l'aide aux victimes ceux qui savent le faire. Vous ne manquez certainement pas de coeur, mais de discrétion et de modestie...!
 
Par Paco Alambron - Publié dans : Les feux de l'actu
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