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Croire ou savoir

Dimanche 31 juillet 2005 7 31 /07 /2005 00:00
Socrate, Platon, Aristote, Spinoza, Kant, Descartes, Kierkegaard, moi...
Nous sommes tous des philosophes. Ou plutôt devrais-je écrire, nous pouvons l'être.

Il suffit d'un s'interresser un peu à une discussion de comptoir, ou à n'importe quelle autre discussion, d'ailleurs, pour s'apercevoir qu'en marge des foules crédules et soumises, il existe un certain nombre d'individus qui n'hésitent pas à s'interroger sur le sens des choses. Il est bien rare qu'ils aient le loisir de s'exprimer et de développer ce qui ressemblerait à une métamorphose intellectuelle, tant le carcan des idées reçues et des pré-supposés est fort.
La sanction de leurs efforts pour faire valoir des points de vue issus d'une pensée autonome est le plus souvent d'être considéré comme des originaux, parfois même comme de dangereux originaux. Car tout ce qui n'est pas dicté par le "bon sens" est forcément dangereux!

J'essaie d'en faire partie le plus souvent possible, encore que je confesse me contenter parfois de la pensée unique comme une solution facile à des questions sans réponses ou à un manque d'information.

Ainsi, le bien, le mal, le vrai, le faux, tout se confond dans une sorte d'évidence que le paradygme sociétal nous fait accepter comme le fondement même de l'existence.
C'est oublier bien entendu qu'existent  ou ont existé d'autres cultures. Pour m'être approché voire m'être trouvé confronté à certaines de ses cultures, j'ai acquis un goût indiscutable pour la remise en question de certains grands principes qui m'ont été inculqués sans que je m'en rende compte, mais sans qu'il ne soit jamais fait appel à ma raison.

Sans prétention mais sans grandes illusions, j'ouvre ainsi ma rubrique philosophique.

Hasta siempre.


Par Paco Alambron - Publié dans : Croire ou savoir
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Dimanche 16 avril 2006 7 16 /04 /2006 08:22
Aujourd'hui, c'est Pâques.

En tous cas, c'est Pâques pour les chrétiens occidentaux, ceux fidèles au calendrier grégorien.
Pour les orthodoxes juliens, ce sera le 23, et pour les juifs, c'était jeudi dernier, le 13 avril (15 nissan), même si la fête s'appelle Pessah.

L'histoire de cette fête est assez édifiante sur la valeur des symboles, et surtout sur la facilité avec laquelle les symboles mutent et se transforment, parfois sous la seule influence de l'orthographe!

Ce n'est d'ailleurs pas en soi un problème, mais il est intéressant de constater que si l'origine de certains symboles est facile à décrypter, d'autres en revanche ont suivi des parcours plus tortueux entre l'origine païenne, proche de la terre et des traditions bergères, et le symbole religieux plus intellectuel.

Etape N°1 (Fête païenne du peuple Hébreu, alors nomade)
La fête de l'agneau pascal remonte à la nuit des temps dans l'histoire du peuple Hébreu.
D' abord parce que ce c'est à ce moment (début du printemps) que naissent les agneaux. Quoi de plus normal donc que de fêter le renouveau en consommant le "produit du terroir".
Une petite valuer symbolique toutefois, mais très païenne: comme le sang ne doit pas être consommé, on en décore le pourtour des portes, ce qui a pour effet de protéger des mauvais sorts (la couleur rouge assumera plus tard ce rôle). Voila donc pour la relation définitivement installée entre Pâques, le sang et l'agneau.
Associée à cela, une fête distincte célèbre la moisson (donc beaucoup plus tard), en consommant à la hâte le premier pain (donc non levé, faute de temps), la fête Hag Ha-Matsoth.

Etape N°2 (Fête commémorative du peuple Hébreu)
Selon l'histoire, le peuple Hébreu est retenu en esclavage par les Egyptiens.
Une sédition se prépare, qui donnera lieu à l'Exode (ἔξοδος  en grec signifie "sortie")
Quel meilleur moment que la fête de Pessah, au cours de laquelle le peuple Hébreu se rassemble.
C'est à ce moment que la fête prend le nom de Pessah, ou plutôt Hag Ha-Pessah, la Pâque juive (sans s), Pessah signifiant en effet "le passage". C'est la traversée de la mer Rouge qui sépare le pays de la servitude de la terre promise. C'est le passage de l'esclavage à la liberté.
A ce stade, la signification religieuse n'est pas évidente et l'on penserait plus à une fête civile commémorant l'indépendance d'un peuple.
Les symboles survivront à ce détournement d'objet. L'agneau de vient signe de reconnaissance (son sang à permis d'oindre les murs juifs et d'éviter le 10ème fléau), et le pain azyme commémore la dèche qui a suivi la traversée de la mer Rouge.
Beau rétablissement.
Les symboles païens prennent enfin une tournure religieuse:  dans la Torah, Dieu annonce le dizième fléau qui allait frapper les Egyptiens : le sang autour des portes était le signe qui allait lui permettre de reconnaître et d'épargner les Hébreux.
        "Le sang vous servira de signe, sur les maisons où vous serez. je verrai le sang. Je passerai par-dessus vous et le fléau destructeur ne vous atteindra pas quand je frapperai le pays d'Egypte. Ce jour-là vous servira de mémorial. (Exode XII, 13)"

Etape N°3 (Fête chrétienne religieuse)
Jésus est juif. Quoi de plus naturel qu'il célèbre la fête de Pessah, et notamment par un pélerinage à Jérusalem.
Il fête donc normalement la Pâque en compagnie de ses coréligionaires, ce qui laisse entendre clairement que la Cène n'est autre que le Sédèr, le repas rituel qui ouvre les fêtes de Pessah, et le vin n'est autre que la Coss 'Eliyahou, la coupe d'Elie, conservée symboliquement comme offrande pendant le Sédèr.
Ce n'est que quelques jours plus tard, malgré ce qu'en disent les évangiles, qu'il sera jugé et crucifié. Ce ne serait d'aileurs pas la première fois que les évangilent brutalisent la chronologie et se contredisent.
Reste à adapter les symboles! Les auteurs des premiers récits chrétiens n'ont pas beaucoup de mal: l'agneau de Dieu n'est autre que l'agneau de Pessah, auquel on donne une valeur symbolique en rapport avec l'apparente passivité de Jésus devant la condamnation romaine.
Le pain et le vin (symbole de l'eucharistie) sont déjà les deux ingrédients de la Pâque juive. Leur valeur symbolique est toute trouvée pour la religion à naître!

Une orthographe fautive
Pessah est traduit par les grecs Πάσχα, qui se prononcerait plus tard adapté en latin  Pascha.
D'ailleurs, deux mots distincts et pratiquement homophones existent, qui comme par hasard ont tous deux trait à l'agneau:
paschalis  : relatif à Pâques
pascalis : qu'on fait paître, du verbe pasco
De nos jours, c'est l'adjectif pascal qui désigne les fêtes relatives à Pâques, alors que ce devrait être paschal.
Par Paco Alambron - Publié dans : Croire ou savoir
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Vendredi 1 juin 2007 5 01 /06 /2007 18:14
Je n'avais encore jamais rencontré de créationniste!
Et récemment, sur un forum dans lequel je ne poste absolument plus depuis que j'ai découvert que je lui devais l'inspiration d'à peu près tous mes "coups de gueule", est apparu un décérébré auquel il n'aura pas fallu plus de quelques semaines pour se lancer dans l'exposé pitoyable de cette hérésie moderne.
Si l'on s'en tient aux écritures sacrées, le  créationnisme est un concept fondamental des trois grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme, et islam) selon lesquelles la Terre, et par extension l'univers, a été créé par un être supérieur, ou divinité.  Dieu !
La science n'a jamais rencontré le besoin impérieux de remettre en cause cette question fondamentale dans la mesure où la religion accepte en général que ce monde d'essence divine soit quand même régi par les règles et comportement  mécaniques ou organiques expliqués par la science, parlant alors de créationnisme évolutionnaire ou évolution théiste, (à savoir, la non-continuité de l'action de Dieu dans l'univers après sa création). Les croyants admettent ainsi implicitement que les détails en désaccord flagrant avec l'expérience scientifique sont probablement métaphoriques et qu'il convient de ne pas les prendre au pied de la lettre, le judaïsme allant jusqu'à considérer la Torah comme une oeuvre symbolique et flexible. Le pape Benoît XVI quant à lui, s'est exprimé pour la première fois de façon officielle sur la science et notamment la création et l’évolution C’est, d’ailleurs, le titre de son ouvrage écrit en allemand et publié le 11 avril 2007. Dans cet écrit, il prend note des progrès de la science, mais ne soutient ni la théorie de Darwin, ni la théorie créationniste.
Seuls les fondamentalistes orthodoxes des trois religions restent attaché à la lettre des écritures sacrées malgré les preuves scientifiques désormais indiscutables en faveur de l'évolutionnisme.
Voici quelques années que l'on entendait parler d'un regain d'intérêt pour ces théories moyenâgeuses aux Etats-Unis ou les lobbys créationnistes se battaient pour faire reconnaitre cette doctrine au même titre que la théorie de l'évolution, qui, selon eux, n'est qu'une "hypothèse parmi d'autres". Légèrement en retrait par rapport au créationnisme orthodoxe qui présentait un trop grand nombre d'incohérences avec l'expérience scientifique, ils ont imaginé une théorie hybride, qui accepte les principes mécaniques de l'évolution, mais dépouillés de tout facteur aléatoire, pour être soumis à un dessein intelligent (intelligent design). Celui de dieu, bien entendu. L'illustration ci-contre exprime la symbolique de ce nouveau courant. L'évolution des espèces est prise en compte mais elle est décidée et influencée par Dieu, comme une amélioration permanente de sa création.
Je n'avais pas correctement appréhendé l'ampleur du phénomène, jusqu'à apprendre il y a quelques jours que près de 65% des Etats-Uniens sont favorables à l'enseignement du créationnisme dans les écoles publiques, mais également que près de 40% préconiseraient de ne plus y enseigner l'évolutionnisme de Darwin!
Terrifiant. Un continent entier en passe de s'enfoncer à nouveau dans l'obscurantisme.

En Europe, bien entendu, la situation n'est pas la même et l'évolutionnisme est enseigné comme une évidence scientifique. Cependant, une nouvelle menace vient de Turquie! (Pays dont nous aurons surement l'occasion de reparler). Avec la percée des mouvements islamistes, aux alentours des années 1980, les arguments créationnistes d'origine chrétienne sont devenus populaires parmi les musulmans, notamment en Turquie, où ils ont commencé à être disséminés par le prédicateur Harun Yahya. (de son vrai nom M. Adnan Oktar, photo ci-contre). Celui-ci a même lancé en février 2007 une action de propagande de grande ampleur par l'envoi en grand nombre à différentes instances du ministère de l'Éducation Nationale (rectorats, bibliothèques, centres d'information pédagogiques, enseignants) d'un livre à caractère encyclopédique l'Atlas de la Création. La réaction a été immédiate et appropriée, mais le phénomène est préoccupant. En France, l'influent Tariq Ramadan serait également un partisan du créationnisme à destination des musulmans.
Ainsi, en Europe comme aux Etats-Unis, le néo-créationnisme à fait son apparition, d'une façon différente, et il progresse. Des enfants, dans le Monde, ne reçoivent plus que cet enseignement. L'obscurantisme est de retour.
Les déclarations solennelles sur le droit des enfants à l'éducation (article de la convention Internationale des droits de l'Enfant) ne sont que gesticulations si on ne s'interroge pas sur le contenu de cette éducation. Il ne me semble pas que cette convention puisse stipuler qu'un seul enfant dans le monde ait le droit d'être endoctriné à son insu. Incidemment, les Etats-Unis sont toujours le seul état au monde avec la Somalie à ne pas l'avoir ratifié! Tout est donc permis.
Bien entendu, on serait en droit de s'interroger sur le bien fondé du créationnisme. Hélas, la lecture de n'importe quel argumentaire, qu'il s'agisse d'expliquer le créationnisme ou de combattre les théories de Darwin sur l'évolution, amène à la même conclusion: le créationnisme ne repose sur aucune démarche scientifique. Tout comme l'existence d'un Dieu unique,  il repose sur la foi, c'est à dire l'acceptation sans preuves. Il y a cependant un différence essentielle : si l'existence de Dieu n'est pas démontrable, pas plus que sa non-existence, l'évolution est démontrable.
Mon avis personnel est donc que l'adoption de la théorie créationniste ou du dessein intelligent (intelligent design) ne peut être sincèrement et  définitivement adoptée par un individu qu'à une des conditions suivantes. Soit l'individu présente un déficit d'éducation ou intellectuel ne lui permettant pas de disposer ou de comprendre les éléments scientifiques qui discréditent complètement ces thèses. Soit l'individu est l'objet d'un endoctrinement puissant responsable d'une perte complète de son esprit critique et de son libre arbitre.
Je présuppose évidemment  que ceux qui diffusent ces thèses erronées ne les adoptent pas nécessairement pour certaines et en font plutôt des outils pour l'asservissement intellectuel de leurs victimes.
Revenons à la rencontre que j'ai faite sur ce forum. L'individu est vraisemblablement instruit (et pourtant son pseudonyme est celui d'un célèbre joueur de football transalpin. Photo ci-contre). Il évolue depuis quelques semaines dans le registre de la séduction, multipliant ça et là les attentions et les compliments dans un style improbable. Et pourtant, ça marche!  Un jour, sans raison, il propose à brûle pourpoint, mais très adroitement, un texte sur la foi d'apparence anodine, demandant à ses amis du forum de le commenter avec lui. On découvre sans surprise que leur vigilance est émoussée. Alors que normalement ils auraient du s'en tenir à leur comportement initial (connu, le sujet de la religon ayant souvent été abordé), alors même qu'aucun argument n'a encore été apporté, ils restent sous son contrôle affectif et se prêtent au jeu de ce qui est désormais clairement du prosélytisme! Même le plus matérialiste des participants, d'ordinaire volontiers anticlérical, est obligé de rester en retrait pour ne pas s'isoler d'un groupe qui ne prendra certainement pas sa défense cette fois-ci.
Le prosélyte continue sont petit manège. Soudainement, sans en avoir l'air, il introduit sa théorie, bien entendu sous l'égide de Harun Yahya dont il prétend bien entendu ne rien savoir (il serait bien le premier, et le seul à ne pas connaitre Harun Yahya!) Cela déclenche bien entendu un réflexe de surprise auprès de ceux qui croyaient le connaitre, mais son auditoire ne le lâche plus! Pourtant les arguments sont d'un indigence stupéfiante. Un enfant ne s'y tromperait pas. Mais qu'importe, personne ne conteste vraiment. Difficile d'imagine comment se terminera sa tentative, les chose en sont restée là à ce jour. Mais j'observe avec intérêt!

Les forums de discussion m'ont toujours réservé des surprises... Celle-ci est de taille
Ils sont à mon avis parfois révélateurs des dangers qui nous guettent.
 
Par Paco Alambron - Publié dans : Croire ou savoir
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Dimanche 10 juin 2007 7 10 /06 /2007 09:46
Je ne suis pas un expert en marketing, pas plus que je ne connais quoi que ce soit à la publicité. Mais je sais regarder autour de moi, à travers les spécificités de chaque génération (en gros les 3 qui me concernent sont la mienne, celle des mes parents, et celle de mes enfants), et j'arrive encore assez bien à décrypter les phénomènes de mode, leurs raisons et leurs retombées.
Et au cours d'une discussion avec ce qu'il est convenu d'appeler maintenant un jeune actif, j'ai découvert que la prestigieuse marque Lacoste s'était envasée dans une terrible contradiction: préserver le chiffre, ou préserver l'image.
Les wesh laskars rekins survet costla ont trusté la marque qui est finalement devenue le "Fournisseur officiel des cailleras".
Le phénomène est connu. La généralisation du sportswear s'explique par les mutations structurelles de notre société. L'omniprésence du sport/spectacle dans les médias avec une survalorisation de l'héroïsme sportif, la puissance du marketing et les mutations sociales se conjuguent pour imposer la culture sportive auprès des adolescents. L'adoption de ce look par cette population majoritairement masculine exprime la volonté de se réapproprier symboliquement la cité. Exclus des activités culturelles traditionnelles, ces adolescents  marginalisés utilisent l'apparence sportive ciblée sur les marques jugées prestigieuses pour réinvestir l'espace citadin en mettant adroitement en scène une identité positive, en affichant des signes reconnaissables de virilité et de pouvoir d'achat pour affirmer l'appartenance à un cercle et exister dans le regard des autres. Porter autre chose, c'est s'exposer à "être daté". Lacoste n'échappe pas à cette règle, la culture rap, suivant l'exemple de Doc Gynéco (encore lui?!) s'étant emparée du célèbre crocodile.
La statégie de Lacoste est bien entendu d'ignorer cette réappropriation de leurs produits et de réaffirmer leur positionnement haut de gamme pour leur coeur de cible, plus stable dans ses habitudes consommation. La marque pourrait être tentée de surfer sur cette vague weshwesh. Mais la réappropriation de leurs produits par les banlieues découle d'un phénomène top and down bien connu, des classes bourgeoises vers les classes populaires, auquel sont soumises toutes les marques de luxe, quel que soit le créneau :  BMW, Louis Vuitton... Communiquer jeune signifierait alors perdre cette cible à très court terme. Or, on ne crache pas sur une clientèle potentielle de plus de 1,5 million d'individus prête à engager une part importante de ses ressources dans la construction de son look. Hélas, dans le cas de Lacoste, les risques de dilution de l'image sont réels et sont loin d'être compensés par les conséquences positives d'une telle récupération. Quand le croco devient  prolo, les bobos boudent... à tel point que Lacoste à refusé la distribution de sa marque par Footlocker, la chaine de magasins qui se flatte de compter parmi sa clientèle plus de 50% de lascars.
Une simple visite au site www.lacoste.fr montre que la marque a considérablement infléchi sa communication en direction d'une population urbaine, créative, dynamique et métissée, tout en réduisant son offre et en augmentant ses prix de façon à reconquérir les publics aisés.
Je suis curieux de voir si ce pari réussira...

Hasta siempre

Par Paco Alambron - Publié dans : Croire ou savoir
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Mercredi 13 juin 2007 3 13 /06 /2007 07:08

Il y a plus de 30 ans, la lecture de la trilogie Le Monde des Ā d'A.E. Van Vogt m'avait fait découvrir, au delà d'une science fiction conforme à son temps, où le héros charismatique et invincible se déplaçait dans la galaxie par une très improbable similarisation que lui permettait son cerveau-second, une intéressante théorie scientifique et philosophique: la sémantique générale.
Présentée avec talent, cette théorie nouvelle aurait du séduire une grande majorité de ceux qui ont intérêt à la précision du langage, à des modes de pensée novateurs et objectifs, à une construction mentale rigoureuse et reproductible... Hélas, il n'en a rien été.
La sémantique générale, ou système de pensée non-aristotélicien, a été formulée par le polonnais Alfred Korzybski en 1033. Cela faisait suite à ses observations sur la nature et les conséquences des erreurs d'évaluation. Le terme sémantique générale peut prêter à confusion en suggérant que cette théorie se rattache à la seule sémantique (c’est-à-dire à l’étude du sens des symboles et expressions). Korzybski dépasse ce cadre symbolique en proposant de considérer le sens de façon opérationnelle par la façon dont notre organisme réagit à son environnement. La sémantique générale s'appuie donc effectivement sur la sémantique (comme cas particulier), mais s’oriente également vers la neurophysiologie, la psychiatrie ou les théories de la communication.
La sémantique générale n’a pas eu jusqu'à maintenant le succès mérité. Ses principaux fondements ont souvent été repris ça et là, jusque dans des ouvrages scientifiques mais l'impossibilité  de la situer dans le catalogue hermétique des théories scientifiques, sa compréhension parfois malaisée et la difficulté de son application à nos processus mentaux formatés par la structure aristotélicienne de la majorité de nos langues, ainsi que sa récupération par des dogmes sectaires n’ont pas aidé à sa généralisation.
Je me propose donc au travers de ce blog, de développer un peu le concept de logique non-aristotélicienne, ou sémantique générale, dans ses aspects pratiques, directement applicables, mais aussi anecdotiques ou ludiques... Pour commencer, la célèbre oeuvre de Magritte en illustration est tout à fait symbolique de la sémantique générale dont elle illustre le principe d'abstraction verbale et d'identification...

Ce sera ma rubrique récurrente Ā.

Hasta siempre
Par Paco Alambron - Publié dans : Croire ou savoir
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Samedi 16 juin 2007 6 16 /06 /2007 18:01

Avant de rentrer dans les développement nécessairement complexes de cette théorie, il me semble important de préciser une chose:  mon intention. Elle n'est pas d'exposer ici une théorie abstraite, pour le plaisir de spéculer sur une nouvelle philosophie dont on ne percevrait pas la finalité, mais de tenter en m'appuyant sur les prémisses et les principes de la pensée non-aristotélicienne de démontrer au lecteur à quel point notre mode de pensée aristotélicien nous conduit en permanence à des erreurs de jugement basées sur deux imperfections majeures de notre appréhension du monde extérieur à nous-même, l'abstraction et l'inférence. Et ces erreurs de jugement nous condamnent en permanence à une inadaptation, qui peut aller de la simple difficulté à vivre en harmonie avec le monde qui nous entoure à la pathologie neuro-psychologique lourde.
Mais il ne s'agit pas non plus d'y voir simplement une méthode de méditation. La sémantique générale s'intéresse avant tout à la communication. Et dans ce contexte, c'est une excellente méthode de résolution des conflits. Et comme chaque médaille a son revers, il me semble aussi important de préciser qu'elle peut être également un redoutable outil de manipulation. Un non-aristotélicien, conscient des erreurs de jugement qu'il peut induire chez un public aristotélicien, fera usage de la supériorité que lui confère cette connaissance pour manipuler son auditoire. Les exemples abondent.
La difficulté de l'exercice auquel je souhaite me livrer est précisément liée à la structure aristotélicienne de notre mode de communication, le langage, et à certaines de ses propriétés qui seront explicitées ultérieurement: la réflexivité du langage, la circularité et la multi-ordinalité des symboles. En d'autres termes, je me suis fixé comme objectif de disserter sur les imperfection de notre mode de pensée et de communication en utilisant justement ce mode de communication pour le faire (c'est ce qu'on appelle justement la réflexivité). Cette propriété est particulièrement connue pour conduire souvent à des paradoxes.
Terminons, pour introduire le prochain billet, par deux citations sur lesquelles il me parait important de s'arrêter un instant et qui illustrent traditionnellement la sémantique générale:

"La carte n'est pas le territoire"
"The map is not the territory"
(Alfred Korzybski,  1933 - Photo ci-dessus)
La représentation que nous nous faisons de la réalité n'est pas la réalité elle-même, comme une carte n'est pas le territoire qu'elle représente. Chacun choisit de ne faire figurer dans sa carte que les éléments qui lui paraissent significatifs. Il existe au mieux une similarité entre la carte et le territoire. Et chacun dresse du même territoire une carte différente selon les filtres d'abstraction qu'il met inconsciemment en oeuvre.

"Quoi que vous puissiez dire d'une chose qu'elle est, elle ne l'est pas!"
"N
o matter what you say that a thing is, it is not it"
Par cette affirmation, Alfred Korzybski exprime ses principes de non-identité et de non-toutité (not-allness), et rejette le principe de contradiction d'Aristote ("Rien ne peut à la fois être et ne pas être") et celui du tiers-exclus ("Tout doit, ou bien être, ou bien ne pas être")

Hasta siempre


Par Paco Alambron - Publié dans : Croire ou savoir
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